A l'invitation (une peu sollicitée) de Teja, ma belle-sœur, je décide de monter la rejoindre au cayolar d'Harluzea où elle effectue sa garde mensuelle avec son compagnon Jean-Pierre.
Mais c'est quoi un cayolar ? C'est le nom que l'on donne, au pays basque, à ces bergeries d'estive où les bergers viennent garder leurs brebis en été. Celle-ci est un peu améliorée puisqu'on peut y habiter avec un minimum de confort : eau et électricité. Elle appartient à une communauté de 7 éleveurs qui se partagent la garde 3 jours toutes le 3 semaines.
Donc je me rends à Alos, près de Tardets, où j'enfourche mon vélo vers 9h30. Il fait grand beau et doux, 18°C. J'envisage de faire un large détour avant d'aborder la rude montée finale : la D117 au départ d'Alcay est une route que j'ai faite en voiture il y a 40 ans, et je m'étais promis d'y retourner à vélo, tant la balade m'avait plu.
J'arrive rapidement à Alcay, où je rejoins la D117, à pied d'œuvre pour grimper mon premier col, Arangaits, 7km et 8,2%. Celui-ci me fait pénétrer dans la magnifique et sauvage vallée suspendue de Ibarnaba, parcourue par des troupeaux de chevaux (lourds) et de vaches. Elle s'élève doucement vers la Fontaine d'Ahusquy par le col éponyme (ou Ibarburia).
Direction plein sud maintenant, sur une crête qui sépare la vallée de l'Aphura à l'est de la vallée du Laurhibar à l'ouest. Je glane en descente le col de Burdin Olatze. Cette crête va me mener, par des côtes parfois sévères et par le col d'Arhansus au fameux col de Bagargui. Un peu plus de monde dans ce secteur réputé de la forêt d'Iraty.
Je plonge plein est maintenant sur la route des cols basques, en passant par le col d'Orgambidesca. 10km de descente rapide à 9% avant une remontée sévère à Larrau (2km à 8%). Le joli village de Larrau, niché au pied du col éponyme que je ne gravirai pas cette fois. Il est midi, et une pose casse-croute s'impose. Un banc en bordure de ruisseau m'attend.
Je repars pour 4 km de descente vers Logibar, point de départ très fréquenté de la randonnée vers la célèbre passerelle d'Holzarte. Je quitte la route peu après pour une piste discrète qui débute la montée vers mon but final. Un panneau à l'entrée indiquant une pente de 30% m'inquiète un peu... La petite route monte très dur et rapidement, je vois son nom sur Strava, mur de Magnoula 2.2km 14.5%. Mon vélo à calé une fois tellement la pente était dure. Il faut dire que j'ai 10 kg dans mes sacoches! Et arrivé à 1km de la piste du cayolar, une barrière m'empêche de passer. Je dois redescendre cette galère durement gagnée. 300m de dénivelé montés pour rien!
Je retrouve la bonne piste quelques kilomètres plus loin. Je l'ai montée il y a 2 ans, une rude ascension, la montée d'Otxogorria, de 10km à presque 9% de moyenne. J'en suis déjà à 2000m de dénivelé positif.
Je prend mon mal en patience et je mouline régulièrement. Je sollicite un peu plus mon assistance par endroits, les jambes comment à fatiguer. Je rencontre Jos à mi-pente : elle descend du Cayolar où elle est montée ce matin à VTT. J'arrive enfin à la partie la moins pentue, 4km à peu près plat jusqu'au col Olhazareko avant une dernière côte de 2km. Puis c'est la plongée sur le cayolar, niché sur son replat en contrebas. Ca c'est fait!
Je suis assez content de moi, je viens d'avaler 67km, c'est peu, mais 2840m de dénivelé positif, c'est un record pour moi. Malgré mes 80 ans passés, les jambes répondent bien, moins fortes mais encore très endurantes, et le cœur est au top. Pourvu que ça dure!
Je retrouve avec plaisir Teja qui m'attend avec Corinne, une amie randonneuse et JP qui sort de la sieste. Fatigué le berger, son troupeau et celui du cayolar voisin (3km) se sont mélangés, et c'est la course (en montagne) pour récupérer son bien. Demain matin nous avons rendez-vous au Cayolar de Buruxieta avec la bergère Melissa pour trier les brebis de son troupeau, avant de faire la même chose chez nous. Lever prévu à 5h30, heureusement je suis toujours réveillé à cette heure matinale.
Deux couples d'amis randonneurs arrivent en fin d'après-midi, Véronique et Jean-luc, Martine et ??. On sort toutes les provisions pour un apéro dinatoire géant, qui se termine en chanson et guitare. Soirée très sympa. On s'entasse dans le dortoir et dodo jusqu'à 4h30 où le réveil de JP sonne par erreur. La nuit est finie pour moi.
A 5h30 il fait nuit, peu d'étoiles car la lune est brillante. Orion se lève à l'horizon SE. Un vent soutenu nous rafraichit à peine. 6h30 départ avec JP pour Buruxieta pendant que les autres se chargent de regrouper les brebis dans le corral. Elles ont l'habitude de coucher au col de Borotxubeltzeko et de descendre au matin. Les brebis de Melissa sont déjà regroupées dans le corral et nous nous attelons à isoler la dizaine de nos brebis. On les reconnait à la tache de peinture qu'elles ont toutes sur le dos (chaque éleveur a sa marque et sa couleur). Le soleil en profite pour se lever et nous gratifier d'un début de journée somptueux.
A Harluzea les brebis sont toutes regroupées dans le corral. Il faut en extraire la cinquantaine de fugitives. Gros boulot, très physique. Les plus jeunes d'entre nous se démènent, les autres aident suivant leur moyens...
A 9h tout est terminé. JP a l'impression qu'il lui manque quelques brebis. Il nous propose de monter vers les hauteurs, nous en profiterons pour regarder le passage du Muga Trail, une course de 42km et 3100m de D+ entre Ste Engrace et Larrau, par les crêtes en suivant la frontière Espagnole et jusqu'au pic d'Orhi.
Encore une petite balade de 2km avec 260m de D+. La descente est fatigante.
Je termine mon séjour par un repas convivial avec mes compagnons, et vers 14h, retour à la voiture par Ste Engrace, une longue descente de 20km assez escarpée.
Quelques vidéos, pour l'ambiance :